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  Vos interlocuteurs  
Julien Pion, Musiques actuelles  
Laurence Merckelbagh, Ens. de la danse et pratiques amateurs  
 
     
 

Les graffitis sont «vieux comme le monde». Tracés sommaires incisés dans la pierre des siècles avant notre époque, les graffitis nous ont permis de recueillir une parcelle importante de la culture populaire ancienne et leur étude a donné naissance à une pratique nommée Glyptologie. Aujourd’hui les graffitis se déclinent sous les appellations «tag» et «graff». Les tags sont des signatures (souvent illégales), des pseudonymes, des inscriptions répétées le plus grand nombre de fois…
Le graff lui représente le côté le plus artistique du mouvement (toiles, fresques…). Les limites entre graff et tag sont floues, ce qui ne facilite pas la reconnaissance de leur dimension artistique.

 
     
     
 
Historique

A la fin des années 1960, le tag apparaît pour la première fois à New York dans un climat toujours lié à celui des ghettos.
Le premier tagueur reconnu par la presse est TAKI 183. Le but du tag est alors de se faire connaître là où on ne l’est pas, se faire reconnaître par l’entourage ou contrôler symboliquement un territoire pour les gangs. Chaque groupe a son style, comme chaque individu a le sien, des messages se transmettent dans les dédales des rues…

En 1973, le phénomène prend de l’ampleur avec l’apparition de «Writing bands» , de «Posse». Le phénomène devenant groupal, des associations se montent pour faire reconnaître le tag en tant que pratique artistique. Ils sont des artistes hors-la-loi qui pratiquent le Guérilla art, le Ghetto art, l’Art
terroriste, le Radical art et enfin l’Art nuisible de la guérilla urbaine. Ils ne peignent pas des tableaux mais des «crimes prémédités».

Des manifestations de groupes sont organisées et le Muséum of Modern Art achète en 1980 une pièce. Le graff devient médiatisé et un véritable phénomène de mode. Des films, des émissions, des décors, des façades de boutiques… lui sont dédiés.
Des collectionneurs commandent des fresques pour leur salon.

Mais un problème est lié à la reconnaissance : les tags sont vécus comme des dégradations dans la ville et les transports, dans les lieux publics.
De 1984 à 1989, la police devient de plus en plus répressive en même temps que des mesures juridiques se mettent en place. La mairie de New York en fait même la priorité devant le trafic de drogue. Ne se focalisant plus sur New York, sorte de Mecque de l’avant-garde artistique, le phénomène tag devient international et se répand en Europe.

C’est en 1981 que pour la première fois la presse française évoque les Tags U.S.
du métro new yorkais. Il faudra attendre 1986 pour qu’elle les retrouve à Paris, puis, au fur et à mesure, dans tout le pays. Mais la population se distancie du phénomène : les tags sont perçus comme des nuisances relevant de l’agression dans certains quartiers parisiens.

Le phénomène persiste aujourd’hui, il se développe à tel point que de nombreuses galeries d’art proposent des expositions de graff. Malgré une répression sévère et peut-être exagérée, l’art du graff poursuit son évolution…


Prévention des risques
L’utilisation de bombes de peinture chimique nécessite le port d’un masque en vente dans les magasins spécialisés.

Selon le code pénal, «les dégradations et
détériorations des biens par inscriptions,
graffitis, tags ou gravures sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou sur le mobilier urbain est répréhensible par la loi».
Les personnes qui transgressent cette loi peuvent être soumises à de lourdes peines…
 
 
     
 
Lexique

On peut trouver dans le lexique les différents styles de graff.

BACKGROUND
Quand les murs des métros étaient trop pleins de tags, les graffiteurs se sont mis à appliquer des couches de fond qui portent le nom de background.
BOOK
Carnet de croquis d’un writer, qu’il amène souvent avec lui sur les lieux d’un travail.
CAP
Capuchons des bombes aérosol. Interchangeables, ils viennent en format «fat» ou «skinny», pour faire un trait de peinture qui sera très large ou très étroit.
CREW
Groupe de graffeurs, qui taggent et writent
ensemble.
CROSS OUT, CROSS, CROSSER
Recouvrir le travail d’un autre artiste par le sien. Ou, pire, faire une croix sur un tag, et apposer le sien juste à côté. Si celui qui fait le cross out n’est pas un graffeur respecté, son geste est interprété comme une véritable déclaration de guerre.
DEF
De qualité exceptionnelle. Tiré du mot anglais
«death» (mort). Du travail def : du travail bon à mourir.
FREIGHTS, FR8
Un graffiti sur un train est un freight.
GRAFF
Fresques à la bombe de peinture qui ornent les murs des banlieues et centres urbains. Côté le plus artistique du graff.
KRYLON
La marque de peinture en aérosol la plus courue par les graffeurs, de par sa qualité.
OLD SCHOOL
Le style de writing le plus ancien et, encore, le plus utilisé. Se reconnaît à ses lettres bouffies («balloon») aisément lisibles.
OUTLINE
Quand on commence une pièce, on en trace
d’abord un outline de couleur pâle, qu’on remplit ensuite avec un fil, qu’on encadre enfin avec un outline final. Le mot décrit également les croquis qu’on fait dans un book avant d’entamer la peinture sur le mur.
PIÈCE, PIECE (prononcez «peace»)
Grande murale, gros dessin, colorée (au moins trois couleurs), et pouvant prendre plusieurs jours à compléter.
PRODUCTION
Graffiti collectif, fait par plusieurs membre d’un crew en même temps.
ROLL CALL
Consiste à tagger les noms de tous les membres de son crew à côté d’une de nos pièces pour les remercier.
SKETCH
Graffiti fait sur papier (dans un book, par exemple). C’est en quelque sorte un croquis, s’il est réussi le graffeur voudra sûrement le faire sur un mur.
STICKERS
Petits tags faits d’avance sur des autocollants et ensuite apposés dans divers endroits publics.
TAG
La forme la plus fondamentale de graffiti. Exécuté avec un marqueur feutre ou une seule couleur de peinture aérosol. Il s’agit d’une signature stylisée, la plupart du temps illégale.
THROWUP
Graffitis composés d’un simple outline de lettres (souvent, deux lettres ou une seule lettre suivie d’un point d’exclamation) bouffies, en une ou deux couleur(s), souvent sans fil.
WILDSTYLE
Style de writing plus contemporain. Consiste
à imbriquer les lettres de son nom de façon si
compliquée, que le mot devient complètement
illisible pour le néophyte. Le wildstyle est très
difficile à maîtriser.
WHOLE CAR / TRAIN
Faire un whole car : couvrir tout un wagon.
Faire un whole train.
 
 
     
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